Essais manqués 3 : Frayeur

Je décidai de passer la soirée avec des amis, c’était un vendredi soir, comme tous les jeunes foncièrement déçus, j’éprouvai le besoin de me libérer en me distillant le cerveau grâce au cocktail habituel : drogues douces et alcools. Mes potes, des jeunes néo-libéraux biens nantis, fils d’avocats, de maires nationalistes, j’ai pour ainsi dire rien à voir avec eux. Mais je n’ai rien à voir avec personne, trop hurluberlu pour les gens normaux et juste assez original et cultivé pour eux ayant pour fait d’armes quelques délires surréalistes ayant choqués les badauds de ma vie. Outre des délires libertaires avec ces autres jeunes, je ne partage rien. Ils demeurent dans ma vie tels d’insignifiants protagonistes.

4 heures 52. Dans la nuit d’un vendredi à un samedi quelconque, j’ouvre la porte avec la plus grande agilité d’un gars beurré, plus la verrouille, à l’ouest, rampe jusqu’à ma chambre, me hisse sur mon matelas mou, somnolant je feuillète un livre ou lui me dépouille, j’entends un bruit de clefs, deux fois les même sons claquants. La porte se ferme ou s’ouvre, je suis partisan de la première possibilité vue mon état de non-combattant. Une gorge se racle. C’est ma grand-mère. Mes yeux, fainéants gorgés d’alcool divers, s’ouvrent doucettement, se sentant agressées par une lumière violente, c’est elle qui s’approche, furibarde, se racle à nouveau sa gorge, irrité par tant de traitements médicamenteux, puis m’adresse la parole qu’à sa tête je sentais furieuse avec mon petit nombre de neurones non-attaqués : « J’ t’ai d’jà dit de refermer la lourde quand tu rentres, on sait jamais avec c’ qui rôde la nuit avec tous ces nègres et ces arabes, fait chier, merde ! » J’avais beau être plein, je savais que par réflexes, j’avais tournais deux fois le loquet. Je me rendais bien compte que c’était pas le moment de répondre « Qu’est-ce ce que tu veux que ça me foute » ou quelque chose du genre. Je cherchais une échappatoire, seul : « Pardon » vint. Erreur. « Quoi pardon, on aurait pu me décapiter, me violer comme une pute, mais ça tu t’en fiches, tu t’ dis qu’ de toute façon la vieille elle va bientôt crever, tu t’en tireras pas comme ça ! » cracha la vieille bougonne puis claqua le porte. J’avais déliré, fallait que j’arrête l’herbe, mes yeux, en demandant pardon, s’étaient refermés, pas moyens de les rouvrir mais j’entendais claquer les savates de la vieille – folle – il fallait agir. En essayant de me lever pour voir, je tombai du lit. Je m’adossai à la porte quand la poignée s’ébranla, mes pulsations reprenaient de l’activité. Pour peu de temps, juste ce qu’il fallait pour dire que ça me phagocyte les burnes de me retrouver le dos contre une porte pour empêcher qu’elle ne s’ouvrât, c’est long, j’avoue mais une vieille même énervée à peu de force. « Ouvre cette porte que j’ t’apprenne, moi ». M’apprendre quoi ? J’ai juste envie de dormir, de poser ma tête contre le mur et me détendre plus que je ne le suis déjà ; mais la vieille ne l’entendait pas de la même manière, elle tambourinait avec ses flasques et squelettiques jambes, chaque coups me brisait la colonne, je ne pouvais bouger. Coincer. Pourquoi ne dormait-elle pas ? Pourquoi m’attendre ? Pourquoi ne pas me faire confiance ? Pourquoi avoir peur ?

2 réflexions au sujet de « Essais manqués 3 : Frayeur »

  1. Ping : La suite de ce qui précède par Loume Astrée - Orpheo Mundi

  2. Quand la hantise frappe à la porte pour répondre à un pardon……comment lui pardonner.

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